Séminaires
03/12/2010

par Erwan Chartier, journaliste, docteur, membre associé du CRBC Rennes 2
Dans les années 1960, l’UDB lançait le slogan « Bretagne=colonie », discours promis à un certain succès. Il a permis d’accréditer l’idée d’une certaine solidarité entre les Bretons, peuple minoritaire de l’hexagone, et les anciens peuples colonisés par la France, notamment en Afrique et aux Antilles. Cette idée s’ancre-t-elle dans une réalité historique ? À travers trois catégories de personnages, les marins, les explorateurs et les missionnaires bretons des XIXe et XXe siècle, la réalité apparaît complexe. Au XIXe siècle, nombre de Bretons se sont illustrés dans l’aventure coloniale française, notamment la Marine, qui est alors l’un des principaux employeurs publics en Bretagne. Ces Bretons ne semblent guère s’être distingués des autres militaires français dans leurs rapports avec les populations indigènes. C’est le cas, par exemple, d'Alexandre Bouët, qui établit la domination française sur la Côte d’Ivoire et le Gabon, où il fonde Libreville, pour accueillir les esclaves affranchis dans les années 1830 et 1840. Le regard des explorateurs (diplomates, géographes, etc.) est plus nuancé et révèle souvent un regard sans concession sur l’horreur de l’esclavage, pour l’abolition duquel l’écrivain malouin Félicité de Lamennais s’est fortement engagé. Le cas de l’explorateur et géographe Guillaume Le Jean est notable : en mission pour cartographier les sources du Nil, il est expulsé de Khartoum pour avoir dénoncé l’esclavage. Quelques années plus tard, ce républicain convaincu, un temps proche du courant historique des bretonnistes, devient consul en Éthiopie, pays dont la diversité ethnique le fascine. Enfin, troisième figure, le missionnaire breton. Dès les années 1830, le gouvernement français confie aux frères de Ploërmel, une congrégation essentiellement bretonne, la mission de fonder des écoles dans les Caraïbes et en Afrique, afin de scolariser les populations locales et de préparer l’émancipation des esclaves. Quelques décennies plus tard, lors des lois de séparation de l’église et de l’État au début du XXe siècle, le gouvernement français combat vigoureusement les congrégations religieuses, notamment en Bretagne où elles sont bien implantées. Mais, avec une bonne dose de cynisme, il favorise les missions dans les colonies pour « civiliser » les populations. Nombre de religieux bretons s’exilent alors et deviennent missionnaires en Afrique, en s’opposant parfois d’ailleurs aux autorités coloniales. A travers ces trois figures, nous essaierons donc d’esquisser une synthèse sur le rôle des Bretons dans la colonisation française.

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