
Pôle Mondes armoricains et atlantiques / La place de la Bretagne dans l'élaboration d'une ethnologie du proche
Ce projet n'entend surtout pas être marqué au sceau d'un repli géographique ou disciplinaire. Il espère, au contraire, se nourrir d'un questionnement à différents échelons.
- Premier échelon : la marge, entre marginalité mimétique et marginalisation sociale et culturelle. De même que les périphéries celtiques furent l'objet de l'attention des chercheurs britaniques qui, dès les années 1930, multiplièrent les monographies de villages cornouaillais, gallois ou écossais, la Bretagne n'a cessé d'attirer l'attention d'hommes et de femmes qui, au nom de logiques quelquefois antagonistes en firent un observatoire anthropologique privilégié. Il n'est peut-être pas infondé de comparer les différentes expériences afin de mieux cerner comment le tropisme armoricain se nourrit d'un capital de tentatives abouties ou avortées qui débouchèrent peu à peu sur l'évidence d'un "terrain" breton.
- Deuxième échelon : l'ethnologie du proche, une épistémologie de l'exotisme en sciences sociales. À rebours d'une certaine histoire de l'ethnologie qui indexe l'exploration du domaine français sur le rapatriement des chercheurs à la suite des décolonisations et compte tenu de l'épuisement des objets ultramarins, nous suggérerons que le proche fut passé au crible bien avant ces retours "au pays natal' quand bien même il le fut par des collecteurs et des folkloristes. Fréquemment passé sous silence eu égard à une (prétendue ?) absence de scientificité des méthodes mises en oeuvre qui le ravala à n'être, le plus souvent, qu'une forme d'amateurisme, ce rameau déprécié de l'histoire des manières de penser l'altérité appartient pourtant bel et bien à la généalogie de la fabrique ethno-graphique/logique. Dans ce laboratoire d'une discipline en cours d'autonomisation, la Bretagne joua indubitablement un rôle. Lequel ?
- Troisième échelon : la constitution d'un corpus de nouvelles données et l'élaboration de nouveaux concepts. Que savons-nous vraiment de la naissance du premier écomusée (la maison du Niou-Huella à Ouessant) et des ambitions, intérêts, démarches qui y présidèrent ? Comment et pourquoi la série bretonne du Musée du Trocadéro fit-elle écrire à Armand Landrin qu'elle était "actuellement [1888] la plus riche que posséd[ait] cette section du Musée" ? Comment l'enquête menée sous l'égide de la DGRST à Plozévet influença-t-elle les enquêtes RCP qui la suivirent et la prolongèrent ? Autant de questions qui demeurent pour le moment sans réponse.
- Quatrième échelon : une comparaison à l'échelle européenne. Selon des chronologies différentes, en fonction des rapports au fait national qui n'eurent, à l'échelle des états du continent, ni la même intensité, ni les mêmes enjeux, ni les mêmes soubassements idéologiques et intelectuels, les marges ont été au coeur du dispositif ethnographique dans une logique de fascination (exotisme, pittoresque, "authenticité") répulsion (fragmentation du tissu national) ou d'occultation. Des enquêteurs dans l'Ukraine des années 1820-1830 qui firent de l'accumulation d'un riche matériau ethnographique l'essence d'une "personnalité" indivise à la section alsacienne du Musée de Nuremberg, il y a là matière à s'interroger sur la place constitutive de la périphérie dans sa triple dimension (narrative, cognitive, idéologique).
Contacts
Responsable scientifique
Jean-François Simon - EA 4451 - CRBC
Partenaires
CNRS
UBO
UBS
UMR CNRS 6258 - CERHIO
Université Nanterre la défense
Partenariats internationaux
Université d'Oxford
University of Regina (Canada)
Disciplines
ethnologie
Type de soutien
Financier
Durée
Date de début : 17/06/2009
Date de fin : 31/12/2012