Les sociétés latino-américains ont subi de profonds bouleversements depuis les années 1970. Il s'agit dans un premier temps d'interroger la nature et la portée de ces boulversements, à la lumière de l'histoire des ensembles et des sous-ensembles nationaux, ainsi que des processus d'intégration régionale amorcés pendant cette période. Dans un deuxième temps, il est question de nous concentrer sur les transformations opérées au niveau des représentations esthétiques (littérature et musique en particulier) dans le contexte de la circulation de modèles dans la globalisation.
La rapidité des changements liés à la mondialisation et à la révolution technologique est parfois à l'origine de réponses sociales extrêmes : l'isolement tribal ou la mimétisation aveugle. Les États, les institutions politiques ont dû répondre à ces changements et se mettre en quête de modèles, souvent jugés insuffisants par les sociétés concernées. L'ensemble de ces transformations, loin d'effacer les marques du passé ont au contraire fait ressurgir avec vigueur la mémoire collective. Nous assistons ainsi à des tentatives de connaissance, de reconnaissance et d'interprétation qui mettent en scène les acteurs sociaux, politiques et culturels des "Suds" latino-américains en relation avec les "Nords", et aussi avec les autres "Suds". Cette mémoire ne s'estompe pas devant la mondialisation et ne constitue pas non plus un front de refus à son égard. En revanche, elle assume la réalité des transformations en les confrontant aux outils du passé. Dans ce processus, les mutations et les refus portent les signes de l'histoire et de la mémoire. La colonisation, le métissage, les flux migratoires du passé ancien et récent (immigration européenne, esclavage, émigration "Suds" / "Nords", "Nords" / "Suds", "Suds" / "Suds"), les exils et les retours ont redessiné l'environnement social.
L'affirmation de nouvelles identités latino-américaines mobilise dans cette dynamique tous les acteurs ethniques et sociaux (indiens, afro-américains ; paysans, ouvriers, couches moyennes, chômeurs, etc.) et pose le problème des référents culturels. C'est dans ce contexte que les sociétés sont devenues les écrans d'une évolution foisonnante et complexe. Dans les villes, de nouveaux quartiers apparaissent, ou d'anciens quartiers sont investis par des composantes nouvelles (immigrés latino-américains ou asiatiques) ; dans les campagnes, traditions et changements se côtoient ; dans les zones de frontière, les contacts et la circulation sont marqués par les conflits entre l'application de lois et les réalités de l'émigration.
En même temps, les nouvelles représentations esthétiques entrent en conflit avec des canons établis et proposent le métissage et l'hybridation de catégories que l'on pensait immuables. Comment la littérature et la musique latino-américaines expriment-elles cette dynamique ? Quelles sont les lignes de force qui se profilent dans l'ensemble et dans les sous-ensembles nationaux et régionaux ? Si, d'une part, la globalisation est à l'origine des phénomènes de standardisation, d'autre part, elle a libéré des forces du passé qui, à partir de l'hybridation, du métissage et du mélange, se confrontent à des formes de représentation venues des "Nords".
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