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10 mars 2020
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La revue La Peaulogie lance un appel à textes sur les peaux artificielles et les peaux artificialisées. Date limite de candidature : 16 octobre 2020.

L’être humain moderne occidental semble capable de changer de peau au gré de ses fantaisies. Plus que jamais dans son histoire, les nouvelles technologies lui permettent de s’émanciper de sa fragilité naturelle et primordiale. Il va jusqu’à « faire peau neuve », en réinventant son enveloppe : peaux siliconées, fluorescentes, hybridées, transgéniques, recyclées, bioniques, transparentes… Nombre de fictions scientifiques sont devenues réalité et la science‑fiction elle‑même paraît surannée. Elles semblent loin, les années 1950 où l’on rêvait aux Martiens à la peau verte : ce qui intéresse davantage, c’est la possibilité qu’a l’humain de s’extra‑territorialiser lui‑même, de sortir de soi, de dépasser les limites de son apparence physique, de faire émerger une nouvelle corporéité fantasmée, voire de devenir un monstre ou un alien pour lui‑même. 

Or, que se passe t‑il si l’enveloppe de vie naturelle est altérée, si la « cuirasse » (Reich, 1933) et le support de la subjectivité psychique (Anzieu, 1985) sont modifiés  ? Les conséquences en seraient‑elles la perte des contours et la dissolution du moi dans le monde extérieur, voire la folie ? Aux « techno‑prophètes », fascinés par le post‑humain, s’oppose ce que Dominique Lecourt appelle un « bio‑catastrophisme », qui le rejette avec horreur (2003). En tout état de cause, l’homme ne cesse de vouloir se faire plastes et fictor de lui‑même.

Réelles ou virtuelles, ces peaux artificielles révèlent un désir profond de mue et de mutation. En passant de la culture tissulaire fabriquée ex vivo à la bio‑impression en 3D, de la technologie haptique aux épidermes électroniques pour prothèses et robots, des implants subdermiques in vivo aux rêves de peaux imputrescibles, la science et la biotechnologie questionnent plus que jamais les nouvelles lisières de notre corps. Mais si l’on transforme cette frontière corporelle — qui est aussi une frontière ontologique —, les contours de l’humanité vont‑ils se déplacer ? L’être humain de demain, doté d’une peau artificielle, deviendra‑t‑il un homo artificialis, un mutant techno‑organique ?

Un prochain numéro de La Peaulogie, se propose d’examiner non seulement les « peaux artificielles » et les « peaux artificialisées », mais aussi de déployer les interrogations éthiques et sociétales qu’elles soulèvent. Une large place sera laissée à l’imaginaire, en convoquant des analyses artistiques et cinématographiques. On se demandera enfin en quoi les découvertes scientifiques — et les nouvelles mythologies qu’elles engendrent  — mettent à l’épreuve la notion de « nature humaine », telle qu’elle s’est historiquement et philosophiquement sédimentée.

QUELQUES LIGNES DIRECTRICES

I/ Les peaux artificielles ex vivo 
Peaux substitutives
Thérapies innovantes : de la culture in vitro à la bio-impression en 3D
Tissus électroniques et prothèses tactiles
Peaux analogiques
Envelopper les machines
Bio-robotique et camouflage
De la technologie haptique à l’érotisme virtuel
Peaux expérimentales
Peaux réparatrices
Peaux cobayes 
Peaux recyclables
Peaux écologiques
Peaux transgéniques
Peaux métaphoriques
Secondes peaux : textiles intelligents et vêtements connectés
La mode à fleur de peau
La « peau » dans l’architecture contemporaine


II/ Les peaux artificialisées in vivo
Le « moi-peau » : métamorphoses cutanées
Cosmétique et esthétique 
Transformations chirurgicales et flou identitaire
Chirurgie-performance
L’homme « artialisé »
Pratiques rituelles et ancestrales :tatouages, piercings, scarifications, expansions cutanées
Pratiques nouvelles : implants esthétiques et cybernétiques
Le corps post-humain : bionique et biopolitique
Biofacts et marchandisation du corps
Vendre sa peau ?
Les nouveaux Marsyas
Thanatopraxies : taxidermie et plastination

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Appel à textes (282 ko)