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Denis Gheerbrant, cinéaste de la proximité

Arts et création
Journée d'étude

Cet événement est organisé dans le cadre du programme de recherche labellisé DOPONUM, porté par Antony Fiant, professeur à l'Université Rennes 2 (EA 3208 APP).

De Printemps de square (1980) à Mallé en son exil (2018), Denis Gheerbrant a su tracer un chemin bien singulier et sans concession au sein du cinéma documentaire français. En quarante ans et une vingtaine de films, il n’a eu de cesse de tisser des liens très étroits entre le cinéaste-filmeur solitaire qu’il est, les laissés-pour-compte de la société française qui sont au cœur de la plupart de ses films (Après, un voyage dans le Rwanda, en 2003, faisant exception) et des spectateurs dont la place est constamment envisagée comme un rouage essentiel du dispositif. En travaillant ces trois pôles, la proximité devient une question politique, la/le politique devient une question de proximité.

Comment Denis Gheerbrant établit-il cette proximité avec celles et ceux qu’il filme ? Comment filme-t-il les corps, la parole de personnes « ordinaires » de manière à ce que les pensées politiques s’incarnent avec une réelle humanité ? Telle pourrait être la question centrale de cette journée, déclinée en termes éthiques, esthétiques ou encore techniques. Il conviendra de revenir sur l’importance de la parole, non pas simplement recueillie mais patiemment construite entre le cinéaste et ses personnages issus du peuple, dans la perspective de la partager avec le spectateur. Des jeunes de banlieue issus de l’immigration dans Question d’identité (1986) aux femmes de chambre en lutte contre un puissant groupe hôtelier dans On a grèvé (2014) en passant par les femmes et les hommes issus de la classe ouvrière marseillaise témoignant de leurs conditions de vie dans les sept films constituant La république Marseille (2009), le cinéma de Denis Gheerbrant vise d’abord, dans la grande tradition du documentaire politique et social, à construire les conditions de l’expression d’une dignité des classes populaires. Cette proximité est également une question technique. Si la pratique du « cinéma direct » s’est banalisée avec l’usage de dispositifs légers devenus accessibles au plus grand nombre, le parcours de Denis Gheerbrant témoigne des évolutions matérielles du cinéma, plus particulièrement documentaire, sur quarante ans.

Ce ne sont là évidemment que quelques pistes possibles pour une réflexion autour d’une œuvre essentielle que nous voudrions saluer à travers diverses interventions et en présence du cinéaste.

 

FILMOGRAPHIE

Printemps de square (1981) • Amour rue de Lappe (1984) • Question d’identité – Farid – Naguib – Abdel Ouab (1986) • Histoire de parole (1986) • La Parole d’abord (1990) • et la vie (1991) • La vie est immense et pleine de dangers (1994) • Grands comme le monde (1998) • Le voyage à la mer (2001) 82 mn • Une lettre à Johan Van Der Keuken (2001) • Après, un voyage au Rwanda (2003) • Les Mots d’Esther (2005) • La république Marseille (2009) • On a grèvé (2014) Mallé dans son exil (2017)

Organisation et renseignements

Date - Lieu

  • Jeudi 19 novembre 2020

  • Université Rennes 2
    Amphi B3 (matin) / Amphi A4, HENRI FREVILLE (après-midi)

 

Programme

 

Jeudi 19 novembre 2020

Amphi B3

09:45 > 10:00          Accueil

10:00 > 10:30        Amélie Bussy (Université Bordeaux Montaigne) - « Trouver les chemins de la rencontre : Denis Gheerbrant,

arpenteur »

Caméra à l’épaule, seul, Denis Gheerbrant arpente des lieux : les bars de Bastille (Amour rue de Lappe), les territoires ouvriers francophones en déshérence (Et la vie), un camping du Sud de la France (Le Voyage à la mer). Il se lance à la rencontre de ceux et celles qu’il y trouve.  Ce sont ces rencontres qui font le film, qui le tissent, lui donnent sa consistance. Le cinéaste nous met sur leur chemin. Dès lors, arpenter signifie franchir la distance qui me sépare de l’autre pour aller à sa rencontre. A travers l’analyse des films du coffret DVD éponyme, je propose de montrer combien la mise en scène du processus de tournage rend possible au spectateur de faire l’expérience politique, sensible, de l’altérité qui se dessine sur l’écran.

10:30 > 11:00       Alice Monin (ENS / Université Paris 3) - « Le Voyage à la mer (2001) : Denis Gheerbrant ou le campeur caméléon »

C’est à l’ombre des arbres, sur les campings de la côte méditerranéenne que Denis Gheerbrant a décidé de planter sa tente et sa caméra dans Le Voyage à la mer. Les rencontres faites sur les terrains privés de camping rythment ce journal filmé. Cette communication portera sur les liens qui se tissent entre le camping, les campeurs et Denis Gheerbrant. En effet, la cartographie physique du camping, propice aux échanges par sa configuration spatiale, entre en résonance avec la cartographie intime des campeurs. La parole peut alors advenir.

11:00 > 11:30        Camille Bui (Université Paris 1) - « Puissance des écarts dans Question d’identité (1986) et Mallé en son exil (2019) »

Chez Denis Gheerbrant, la proximité entre filmeur, filmés, puis spectateurs se construit dans un désir de commun autant que par l’expérience réflexive d’écarts subjectifs, culturels, historiques. En croisant l’analyse de deux films au cœur desquels réside la question de l’immigration, nous interrogerons la fertilité paradoxale de cette expérience partagée de l’écart, ainsi que l’imaginaire social de la France postcoloniale qui en émerge.

11:30 > 11:45        Pause

11:45 > 12:30        Discussion

12:30 > 14:00        Pause déjeuner

 

Amphi A4 - HENRI FREVILLE

14:00 > 14:30       Marie Marquelet (Université Bretagne Occidentale) - « Circulation de la parole dans La République Marseille de Denis Gheerbrant »

Les sept films qui constituent La République Marseille (2009) s’attachent chacun à explorer un lieu singulier de la cité phocéenne. Grâce au travail de Denis Gheerbrant, les récits des habitants émergent de ces lieux et donnent ainsi à entendre autant qu’à voir une histoire de Marseille. Dans une approche esthétique, cette communication proposera de comprendre comment les différents récits individuels qui peuplent cette œuvre peuvent devenir communs grâce à la circulation de la parole.

14:30 > 15:00      Vanessa Nicolazic (Université Rennes 2) et Vincent Sorrel (Université Grenoble Alpes) - « Filmeur seul : dispositif

d’écoute et modalités d’engagement »

Nous proposons d’analyser ici les dispositifs de tournage mis au point par Denis Gheerbrant, en tenant compte des différentes techniques d’enregistrement (argentique, vidéo, numérique) utilisées par le cinéaste depuis les années 1980. À partir d’une constance – la position du filmeur et son corollaire, le point d’écoute qui s’origine dans le point de vue – il s’agira de d’examiner ces dispositifs, matériellement et symboliquement, afin de comprendre comment ils produisent une posture d’engagement à travers laquelle le cinéaste va construire son rapport à l’autre (en tant que sujet et spectateur).

En parallèle, Denis Gheerbrant présentera le boitier, issu d’un bricolage électronique, qui lui permettait de synchroniser, mais aussi de décaler l’enclenchement de la caméra et du magnétophone.

15:00 > 15:30       Discussion

15:30 > 15:45       Pause

15:45 > 17:00       Rencontre avec Denis Gheerbrant et Adrien Faucheux animée par Isabelle Le Corff

17:00                     Fin de journée

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Affiche (269 ko)

Programme (279 ko)