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Armorique, Amériques, Atlantique

CIMATLANTIC

Monde des morts / monde des vivants en France atlantique. De l’anthropologie des populations aux identités préhistoriques

Responsable scientifique

Grégor Marchand
UMR 6566 CReAAH
Université Rennes 1
Pôle : Armorique, Amériques, Atlantique
Disciplines : Anthropologie, Anthropologue, Archéologie, Archéozoologie, Géomorphologie littorale, Informatique, Médecine / Anthropologie, Médecine légale / Anthropologie, Photographie, Préhistoire
Partenaires nationaux : UMR 7194 MNHN – UPVD | Direction de lʹarchéologie | Unité de Taphonomie Médico Légale de Lille | UMR 5199 PACEA | INRAP | Institut de Paléontologie Humaine | UMR 7041 Arscan | Service Régional d’Archéologie des Pays‐de‐la‐Loire | UMR 7209 Archéozoologie, Archéobotanique : sociétés, pratiques et environnements
Partenaires régionaux : UMR 6566 CReAAH | UMR 6554 LETG GEOMER | Musée de Préhistoire de Carnac
Partenaires internationaux : UMI 3199 CIRHUS | Institute of Archaeology - Oxford | Uppsala University | UCD School of Archaeology
Type d'aide :
- Logistique
- Ingénierie
- Communication
- Financier
Durée : 01-07-2015 / 01-06-2017

Sur les littoraux du Portugal jusqu’au Danemark, les groupes humains de la Préhistoire récente, contemporains de l’Holocène, ont abandonné des accumulations considérables de coquilles marines ou estuariennes sur leurs habitats. Les divers noms vernaculaires employés pour les désigner (concheros, concheiros, kjökkenmöddingen, kitchenmidden, shellmidden, amas coquilliers) disent assez l’étrangeté de ces sites aux yeux des archéologues, tout comme ils désignent ‐ de manière réductrice ‐ un rapport étroit aux mollusques marins. Qui plus est, ces monticules de détritus parfois hauts de plusieurs mètres ont partout été le siège de cimetières, installés au sein même des villages. Ces sites préhistoriques sont alors des sources essentielles de documentation concernant les économies, les structures sociales ou les mondes symboliques.

Le programme CIMATLANTIC souhaite interroger plus particulièrement la documentation recueillie dans le Morbihan, qui reste unique sur le territoire français depuis plus d’un siècle. C’est dans les années 1930 que Marthe et Saint‐Just Péquart devaient fouiller les sites exceptionnels de Téviec et de Hoëdic, qu’ils surent d’ailleurs bien valoriser dans la communauté scientifique de l’époque. Les enjeux scientifiques concernent d’abord la nature même de ces sociétés et la place qu’il faut leur faire dans les scénarios de la néolithisation. Ces économies de prédation marines sont attestés à partir de 6200 avant notre ère et elles vont céder la place vers 5000 aux pratiques agricoles du Néolithique. Il semble d’ailleurs que l’héritage de ces populations de chasseurs‐cueilleurs soit des plus ténus. Mais plutôt que dans le registre technique, ne doit‐on pas les chercher dans les gènes mêmes des populations, dans leurs symboles ou dans leurs réseaux sociaux ? Ce sont ces dimensions que le programme CIMATLANTIC entend explorer.

L’enjeu patrimonial n’est pas moins important : ces sites du Morbihan sont les plus anciens témoignages des modes de vie des chasseurs‐cueilleurs sur le littoral atlantique français. A ce titre, ils trouvent des échos évidents dans l’histoire maritime de la Bretagne. Nous souhaitons en parallèle de l’enquête archéologique proposer une reconstitution de ces habitats pour le grand public, sous la forme d’un site web dédié et d’une exposition itinérante, en s’aidant à la fois des reconstitutions 3D animées et de vues d’artiste.

Les vestiges archéologiques et anthropologiques recueillis par Marthe et Saint‐Just Péquart ont fait l’objet de nombreuses études, au gré de l’évolution des techniques d’investigation et des problématiques (datations par le radiocarbone, analyses des isotopes du Carbone et de l’Azote, études des mobiliers). Il est temps de les regrouper, pour ouvrir un nouveau chapitre des recherches, axé sur les populations elles‐mêmes et non plus seulement sur leurs pratiques économiques ou techniques. Le programme CIMATLANTIC déposé à la MSHB vise à l’organisation de séminaires de travail, qui réuniront tous les intervenants autour de thèmes successifs : historiographie, analyses anthropologiques, analyses tombe à tombe, analyses spatiales. La nature des mobiliers et leur répartition, l’apparat funéraire ou le recrutement des défunts sont autant de fenêtres ouvertes sur l’organisation sociale de ces populations. Il importe aussi de placer ces objets dans les réseaux sociaux de l’époque, à différentes échelles spatiales. Les ossements préservés grâce à la dissolution des carbonates des coquilles disent beaucoup des traits physiques de ces hommes et de ces femmes, mais aussi de leurs maladies ou de leurs accidents.

La documentation est conservée pour l’essentiel à l’Institut de Paléontologie Humaine et au Muséum National d’Histoire Naturelle, à Paris. Des vestiges existent aussi au Muséum d’Histoire Naturel de Toulouse et au Musée de Carnac. Leurs conservateurs respectifs sont impliqués dans le programme CIMATLANTIC. Les photographies et les films ont été numérisés et référencés ; ils sont intégralement disponibles pour les chercheurs. La révision de ces très nombreux documents peut être perçue comme une « archéologie de l’archéologie ». C’est le préalable incontournable à une analyse ADN systématique des individus inhumés, qui n’interviendra qu’au rythme de nos travaux et en fonction des autorisations accordées par les conservateurs des collections.