Un rendez-vous relancé pour penser les humanités numériques
Créé en 2014, le séminaire Humanités numériques accompagne les échanges autour des transformations numériques de la recherche en sciences humaines et sociales. Porté par la plateforme Humanités numériques de la MSHB, en partenariat avec le Centre de recherche bretonne et celtique1 (CRBC) et le laboratoire Temps, Mondes, Sociétés2 (TEMOS), il a fait son retour en 2026 sous la forme d'une journée d'étude organisée à l'occasion des 20 ans de la MSHB. Cette relance témoigne de la volonté de la MSHB de réinscrire ce rendez-vous dans la durée et d'en faire un temps fort de sa politique scientifique.
Cette nouvelle édition avait pour ambition de présenter des travaux de recherche menés en Bretagne et de les mettre en dialogue avec d’autres initiatives portées à l'échelle nationale. Chercheurs, ingénieurs et personnels d'appui à la recherche y ont partagé leurs retours d'expérience autour du développement, de l'adaptation et de l'appropriation d'outils et de méthodes numériques au service de la recherche.
Quand la recherche façonne les outils numériques
Les interventions de la journée ont montré que le développement ou l'adaptation d'un outil numérique répond avant tout à des besoins scientifiques. En faisant dialoguer besoins scientifiques et développements techniques, elles ont rappelé que les humanités numériques ne se réduisent pas à l'usage d'outils : elles interrogent les conditions dans lesquelles ceux-ci sont conçus, développés, adaptés et appropriés par les communautés de recherche. Cette approche met en lumière les choix méthodologiques, techniques et organisationnels qui accompagnent ces démarches, ainsi que les collaborations qu'elles mobilisent entre chercheurs, ingénieurs et personnels d'appui à la recherche.
Cette réflexion s'est déployée tout au long de la journée, à travers des études de cas et des échanges consacrés aux transformations des pratiques de recherche à l'ère du numérique.
Parmi les études de cas proposées au cours de la matinée, Christophe Schuwey3 a présenté CaraNUM, une édition numérique des Caractères de La Bruyère, ainsi qu'Othonè, la plateforme qui la diffuse. Son intervention a montré comment les exigences d’une édition numérique complexe peuvent conduire à développer une interface et une infrastructure spécifiques pour répondre à une problématique scientifique donnée, tout en s'inscrivant dans l'histoire des pratiques de l'édition critique et en s'appuyant sur des protocoles et des standards ouverts.
Jacob Hart4 et Erell Choulette5 ont ensuite présenté Arvest, un outil de recherche multimodale développé dans le cadre du projet ERC STAGE (From Stage to Data). Leur intervention a mis en lumière les fondements théoriques de cet outil, les choix qui ont guidé son développement technique ainsi que les enjeux liés à sa pérennité.
Léa Maronet6 a, quant à elle, présenté les travaux du HN Lab autour de la plateforme Arkindex et de l'entrepôt de données Nakala, montrant comment des technologies existantes peuvent être adaptées aux besoins des sciences humaines et sociales afin de faciliter le traitement, l'enrichissement et la valorisation de grands corpus d'images.
L'après-midi a prolongé ces questionnements sous un angle plus transversal. Caroline Muller7 a proposé une lecture épistémologique des pratiques de recherche en histoire à l'ère du numérique, nourrie par un retour d'expérience autour de systèmes de type RAG appliqués aux archives. Stéphane Pouyllau, responsable du HN Lab, est ensuite revenu sur les expérimentations menées autour des IA et des IA génératives pour la gestion des données en SHS, avant qu'une table ronde réunissant chercheurs et ingénieurs ne mette en discussion les conditions dans lesquelles un besoin scientifique conduit au développement d'un outil numérique.
Au fil de ces échanges, la journée a mis en perspective les conditions dans lesquelles les choix techniques influencent les pratiques de recherche et la production des connaissances en sciences humaines et sociales.
1. CRBC (Université de Bretagne Occidentale)
2. TEMOS (CNRS, Le Mans Université, Université d’Angers, Université Bretagne Sud)
3. Christophe Schuwey, maître de conférences en humanités numériques et histoire du livre, laboratoire Héritage et création dans le texte et l’image au sein du laboratoire HCTI (Université de Bretagne Occidentale)
4. Jacob Hart, chercheur postdoctoral (Université Rennes 2)
5. Erell Choulette, ingénieure en informatique et UX designeuse (Université Rennes 2)
6. Léa Maronet, doctorante au Huma-Num Lab (CNRS)
7. Caroline Muller, maîtresse de conférences en histoire contemporaine au sein de l’unité de recherche Tempora (Université Rennes 2)