Projet accompagné dans le cadre de l'appel à manifestation d'intérêt "Traitement et analyse de données quantitatives"
Résumé
Le projet DYNEX vise à appréhender les effets des politiques d’excellence scientifique sur l’internationalisation de la recherche des sites académiques français et plus particulièrement bretons. Dans les pays où l’enseignement supérieur est majoritairement financé par des fonds publics, le manque de moyens entrave souvent les missions de recherche. Pour y remédier, certains États ont mis en place des politiques d’excellence, misant sur la concentration des financements dans quelques établissements jugés performants. En France, cette logique s’est traduite par le Programme d’Investissements d’Avenir (PIA), qui a injecté 77 milliards d’euros pour soutenir des projets d’excellence (IDEX, I-SITE, etc.). Ces dispositifs privilégient un petit nombre d’universités, dans l’idée que leurs succès « tireront » l’ensemble du système.
Au niveau européen, la notion d’excellence scientifique est également centrale, notamment à travers les Programmes-Cadres de Recherche (FP5 à Horizon Europe) et le Conseil Européen de la Recherche (ERC). Ces financements, attribués sur concours, sont souvent utilisés comme indicateurs d’excellence. Cependant, plusieurs études montrent qu’ils renforcent les inégalités régionales : les institutions déjà réputées captent l’essentiel des ressources, créant un effet cumulatif de visibilité et de prestige. La capacité à coordonner un projet européen est ainsi devenue un marqueur fort de reconnaissance scientifique, lié à la position centrale dans les réseaux d’innovation.
Nous faisons l’hypothèse suivante : les politiques françaises d’excellence (comme le PIA) n’ont pas directement favorisé une meilleure internationalisation ni une plus grande participation aux projets européens, mais s’inscrivent plutôt dans une tendance générale d’ouverture internationale déjà à l’œuvre dans la recherche. Autrement dit, la visibilité accrue des universités françaises découle davantage d’une évolution structurelle du système scientifique que des dispositifs d’excellence eux-mêmes.
Pour tester cette hypothèse, nous proposons de traiter et d’analyser les bases de données européennes des projets de recherche (depuis 1984) afin d’observer l’évolution de la participation des institutions françaises, avec un focus sur la région Bretagne, en particulier le site brestois. L’analyse combinera une approche quantitative (projets financés, fonctions de coordination et de participation) et qualitative (entretiens avec les coordinateurs de projets) pour comprendre les mécanismes de constitution des consortiums lauréats et la place occupée par les établissements français dans l’espace européen de la recherche.